[Peur à cheval] – Extraits d’une séance bilan

[Peur à cheval] – Extraits d’une séance bilan

Je voudrais partager avec vous une séance « bilan » que j’ai faite avec une cavalière qui est sortie du programme « maîtriser sa peur », il y a quelques temps.

Sans entrer dans son histoire personnelle, nous avions affaire à une peur de monter suite à un grave accident. Aujourd’hui son objectif est atteint : elle ne ressent plus de peur et reprend du plaisir à cheval.

Voici ses mots, lors de cette séance :

« Il y a un gouffre entre janvier et maintenant ».

Un gouffre … C’est une image forte que cette cavalière a donnée. Ce qu’elle voulait exprimer ici c’est l’ampleur du changement qu’elle a vécu. C’est d’ailleurs souvent ce que les cavaliers ressentent à la fin de l’accompagnement. Chacun l’exprime à sa manière, certains m’ont dit « je ne pensais pas que ce soit possible, je suis tellement différente aujourd’hui ».

Cette impression de gouffre, de changement d’identité, vient du fait qu’en réalité ils ont surtout travaillé sur leur confiance en eux. Et il n’y a pas mot assez fort pour décrire ce que l’on ressent quand tout d’un coup, on se met à croire en ses capacités pour réussir.

Une autre de mes cavalières m’a également dit : « j’ai grandi ». Ces petits mots, qui signifient tellement, résument parfaitement ce qu’ils ont fait. Ils ont grandi.  

« Je me sens plus armée qu’avant »

Qu’ils soient sortis de leur difficulté et qu’ils aient atteint leur objectif est une chose, mais il est tout aussi important qu’ils aient à leur disposition des techniques qui leur permettront de savoir gérer leur peur, seuls, plus tard, si elle devait revenir.

Ce que je leur dis souvent c’est de ne pas la craindre, de ne pas se lamenter de ressentir de nouveau une petite appréhension, c’est normal, et ce n’est pas grave. L’essentiel c’est de savoir que l’on a en nous, tout ce qu’il faut pour ne pas se laisser envahir par elle.  

« C’est comme si mon cerveau oubliait ce que c’était, comme un reset. »

J’ai trouvé cette phrase extraordinaire. Elle ne m’a pas parlé d’effacement ou de disparition de la peur, elle m’a parlé de réinitialisation, de redémarrage. Réinitialiser c’est « remettre dans son état initial ». Ce qu’elle nous dit c’est qu’aujourd’hui elle est revenue dans l’état qui était le sien avant l’accident, quand elle était capable de contrôler cette émotion si elle arrivait, sans se laisser submerger par elle.

Au départ, ce que l’on observe toujours, c’est la quête incessante de la maîtrise absolue. On veut pouvoir tout contrôler, tout maîtriser. Et on est terriblement binaires alors, soit on contrôle à 100%, soit on est en danger. Il n’y a plus de juste milieu. Il n’y a plus de gris.

Ce que l’on observe toujours, c’est qu’il n’y a plus d’acceptation du réel. Ce réel qui nous dit que le risque 0 n’existe pas, que perdre le contrôle peut arriver, on le sait, mais on ne l’accepte pas. Car il y a une grande différence entre « savoir » et « accepter ». Psychologiquement, c’est dévastateur, car, pris dans cette illusion, on ne peut pas avancer.

L’acceptation c’est reconnaître ce qui est là, c’est affronter ce qui est, c’est le préalable à l’action adaptée au réel. Une fois que l’on a accepté, on peut se dire « ok, il y a un risque, ce n’est ni bien, ni mal, c’est là. Maintenant, comment je vais faire pour le limiter au maximum ». Et ça, au départ, c’est extrêmement difficile pour les cavaliers. Parce que justement, ils ne croient pas du tout en leurs capacités à pouvoir le limiter, ils ne croient pas du tout en eux.

C’est là que tout commence. La mise à plat des aspects techniques, des compétences à cheval, et de tout ce qui concerne son éducation. C’est là qu’il faut sans cesse faire le lien entre les résultats obtenus et ce que le cavalier a fait. Lui rappeler sans cesse que non, si la séance est réussie, ce n’est pas dû au hasard, mais bien à ce qui a été mis en œuvre. C’est ainsi que se construit ce sentiment que l’on est efficace à maîtriser le risque. C’est ainsi que l’on se sent de plus en plus capable d’accepter le réel.

Notre cerveau émotionnel ne doit pas être oublié. Lui aussi va réapprendre. A la condition de respecter certaines règles. Il est en effet majeur que pendant un certain temps, plus rien ne se produise dans la situation redoutée. Pour cela, il ne faut pas hésiter à rester longtemps sur des choses simples et ne pas chercher à pousser les cavaliers. Au contraire, tout doit être très progressif. Trop souvent, ce n’est pas ce qui se passe. Trop souvent, le coach cherche à pousser l’élève dans l’espoir qu’il se rende compte qu’il est capable. Cette stratégie pourrait fonctionner à condition d’avoir de bonnes connaissances en psychologie et en maïeutique, afin de poser à l’élève les questions qui accompagneront le changement. C’est rarement le cas, et la démarche s’avère alors totalement contre-productive.

Rappelez-vous alors que ce qui est important, c’est que le cerveau assimile qu’il ne se passe rien dans la situation redoutée, pour qu’au fur et à mesure du temps le lien entre cette situation et « danger » se ramollisse.

Après toutes ces étapes, on assiste au fameux « reset ».

L’acceptation du réel peut se faire de nouveau grâce à la confiance retrouvée.

La situation autrefois redoutée, ne provoque plus la réaction du système de défense.

Le cavalier peut avancer de nouveau.

« Plus t’es tournée vers toi et ton cheval et plus ça marche. La clé pour moi c’est la concentration et stopper les pensées négatives ».

Et oui, évidemment, c’est ça la clé. Comment y arriver ? Il n’y a pas de secrets, il faut s’y entraîner. C’est une gymnastique de l’esprit. Moins on s’accroche aux pensées négatives, plus on reste dans l’instant.Et plus on reste dans l’instant présent, mieux on s’y adapte.

Et elle a conclu en me disant « cette confiance a aussi eu des répercussions dans ma vie … »

C’est en effet, souvent, ce qui se passe. Le fait de se sentir tout d’un coup capable de dépasser une difficulté, se propage souvent à d’autres aspects de l’existence.

D’ailleurs, mon petit doigt m’a dit, que très récemment elle venait de remporter une compétition dans un sport (autre que l’équitation), qui demande précision, concentration et mental à toute épreuve.

Coïncidence ?

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