Peur à cheval – #1 Vous n’y êtes pour rien !

Audrey Lamourelle - Coaching Mental Cavaliers > Blog > Peur à cheval > Peur à cheval – #1 Vous n’y êtes pour rien !

Oui, commençons par là.

Lorsqu’on ressent la peur à cheval, on ressent souvent aussi un savoureux mélange d’autres sentiments : honte, déception, frustration,                 incompréhension et surtout impuissance face à cet adversaire qui nous semble bien plus fort que nous et que notre volonté.

Et c’est juste ……. Dommage. Vous allez voir pourquoi vous n’avez pas à ressentir cela. J’espère qu’à la fin de ce billet, vous serez plus bienveillant envers             vous-même et que vous vous direz qu’en fait, vous n’êtes responsable de rien.

Et ça, pour 3 raisons :

  1. Parce qu’il y a peut-être quelque chose de biologique là-dedans…

Je vais vous raconter une petite anecdote.

Il y a quelques années de cela, j’ai proposé à un adulte (nous allons l’appeler Pierre), qui n’était jamais monté, de faire un tour de carrière. Pas très à              l’aise, il m’a dit « ok ». Le cheval que je lui proposais était de taille moyenne, costaud et très gentil. Il est monté, je suis restée à côté et j’ai pris les rênes        pour partir faire notre tour de carrière. Je pense que nous avons dû faire 2 pas (allez 3 ou 4 si ma mémoire me joue des tours), avant qu’il ne me                demande de descendre la gorge serrée. Il était blanc comme un linge, ses mains moites, ses genoux tremblaient, et sur son visage on voyait … une            grande peur. Lorsqu’il mit pied à terre, il me dit : « plus jamais ».

Si je vous raconte ça, c’est pour vous montrer que monter à cheval est tout sauf naturel. Se retrouver assis, en hauteur, sur ces gros animaux, n’est pas      anodin.

Et cela va même plus loin que ce que vous pensez.

Revenons à notre Pierre. On aurait compris qu’il ressente une grande peur s’il était tombé, ou s’il s’était vraiment passé quelque chose, mais là … Il a fait            3 pas, et pourtant, la peur était bien présente. Mais alors pourquoi cette peur ? D’où vient-elle ? Et bien c’est en essayant de répondre à cette question       que l’on trouve la véritable origine de la peur à cheval.

Il existe des objets ou des situations qui, parce qu’ils ont représenté une menace pour nos lointains ancêtres, sont en quelque sorte pré-enregistrés            dans notre amygdale cérébrale (centre de commandes du système de défense). On appelle ça des déclencheurs naturels. « Hérités de notre histoire,            il s’agit des dangers et situations qui menaçaient nos lointains ancêtres. On peut penser que ceux qui étaient plus craintifs de ces objets et situations, s’y sont   moins confrontés et ont probablement eu un avantage sur les autres en matière de survie et donc de perpétuation de l’espèce. La sélection naturelle aura privilégié ces individus et ils auront pu transmettre à leurs descendants cette crainte, inscrite aujourd’hui dans nos gênes. » 

Lorsqu’ils se présentent, nous sommes en « éveil » (peur latente). C’est le cas pour les serpents, les araignées (1), mais c’est le cas également des                      hauteurs, ainsi que des gros animaux. Alors, que pensez-vous d’être assis en hauteur sur un gros animal ?

Et bien c’est une situation dans laquelle on a trois menaces pour le prix d’une : l’imprévisibilité de l’animal inhérente à l’instinct, la menace de la perte de contrôle et de l’impossibilité de maîtriser un animal de cette masse et de cette puissance (2), et celle de la chute potentielle.

Et, sur genre de situations, impliquant des stimuli d’origine biologique, il est beaucoup plus facile de faire naître une grande peur, et elle sera aussi                  beaucoup plus tenace.

C’est la théorie de la préparation de M.Seligman, apparue pour la première fois dans les années 70 : « l’évolution nous a peut-être préparés à                          apprendre plus facilement certaines choses et les cas d’apprentissage à ressort biologique seraient particulièrement puissants et durables » (serpents,                  vide, insectes …).  Cette théorie est encore aujourd’hui un point d’appui pour expliquer l’apparition des phobies.

En fait, sur ces stimuli nous n’aurions même pas besoin de subir un traumatisme pour savoir que c’est dangereux. De mini traumatismes répétés                   (petites pertes d’équilibre, petits écarts, petites frayeurs …), des messages de mise en garde (l’équitation c’est dangereux, sport à risque, attention) ou l’observation peuvent très bien suffire (voir, sur les réseaux, ou devant ses yeux, quelqu’un mal tomber).(4)

Cela s’expliquerait par le fait que « les neurones de l’amygdale qui traitent les stimuli préparés auraient des pré connexions avec d’autres cellules commandant les réponses, et le traumatisme pourrait emprunter ces voies plutôt que d’en créer de nouvelles. La même dose de traumatisme                           pouvant alors créer plus de conditionnement lorsque les stimuli préparés sont impliqués. »

En conclusion retenez que nous serions peut-être prédisposés à avoir peur à cheval. Et il suffira alors parfois de très peu, pour faire naître une peur                    tenace. Regardez ce pauvre Pierre …

  1. Parce que vous n’avez aucun contrôle sur l’activation du système de défense

Il suffira ensuite que vous perceviez, consciemment ou inconsciemment, une situation dangereuse (des oreilles ou une encolure qui se redressent, un            galop qui s’accélère, la foulée d’appel devant un obstacle …), pour que l’amygdale active le système de défense de manière automatique. Vous n’avez               aucun contrôle là-dessus.

« Inconsciemment » ? Comment ça ?

Et bien parce que tous ces apprentissages se font en dehors de la conscience.

Vous allez tout comprendre avec cette petite histoire :

Au XIX -ème siècle, le docteur Claparède suivait une patiente ayant eu un dommage cérébral qui l’empêchait de mémoriser de nouvelles expériences. Chaque fois qu’elle voyait son docteur, elle ne se rappelait pas de lui, et ils se présentaient l’un à l’autre tous les jours. Un jour, Claparède mis un clou                dans sa main. Lorsque la patiente arriva et lui serra la main, elle la retira donc brusquement suite à la piqûre. Le lendemain, lorsqu’elle revint au cabinet,           elle ne reconnut pas Claparède, mais fut incapable de lui serrer la main. Elle ne pouvait pas dire pourquoi mais elle ne put le faire.

Le médecin était un signal de danger, un stimulus ayant une signification émotionnelle particulière, et le cerveau de la patiente utilisait cette                           information pour la protéger.

Grâce à ce cas, nous avons pu voir à l’œuvre le système de mémoire implicite relevant de l’amygdale. Ce système forme des souvenirs de situations menaçantes, l’apprentissage qui se produit, comme vous le voyez, ne dépend pas de la conscience, et une fois qu’il a eu lieu, le stimulus n’a pas à être         perçu consciemment pour déclencher la réponse.

Voici donc pourquoi parfois, on ressent de la peur « sans savoir pourquoi ». Vous, vous ne le savez pas, mais votre système de défense lui, le sait.

Tout ça pour montrer que ce système s’active automatiquement et inconsciemment dès qu’il perçoit un stimulus menaçant, même si vous-même,                  n’en n’avez pas conscience.

Et comme votre amygdale a aussi des connexions avec d’autres zones du cortex (l’hippocampe : centre de la mémoire), il suffira aussi que vous vous rappeliez une situation difficile ou que vous l’anticipiez pour qu’elle le déclenche aussi.

Donc Mesdames, Messieurs les coachs, dire à un élève « mais arrête d’avoir peur, c’est rien » revient à dire « mais arrête de rêver la nuit », c’est juste impossible.

  1. Parce que nous ne sommes pas tous égaux face à la peur

Ce n’est pas parce que nous sommes prédisposés que tout le monde va développer une grande peur. Comme pour les araignées ou les serpents,                   certains ne les apprécient guère mais peuvent faire avec, d’autres en ont la phobie.

Si tous les humains ont la même façon générale de réagir face au danger, nos gênes nous rendent tous différents et il y a une composante génétique      dans le comportement de peur. Souvent, j’entends « je n’ai jamais été une grande courageuse » ou « je suis une grande stressée dans la vie ».

Certains vont prendre plus garde à leur environnement que d’autres.

Certains ont des seuils de tolérance plus bas et une vulnérabilité plus importante.

Cela va dépendre de beaucoup de facteurs et notamment de la façon dont nous sommes élevés, de l’éducation ou peut-être d’autres choses encore.

Alors ?? A la lumière de tout ça, vous vous sentez comment ? Mieux j’espère.

J’espère surtout que vous avez pris conscience que ce qui se joue à ce moment-là, vous échappe. Alors, ne culpabilisez pas, n’ayez pas honte, et ne                soyez pas déçu de vous.

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(1) Pour ces deux derniers stimuli, des études menées à partir de 2008, sur des nourrissons à qui on présentait des photos de serpents et d’araignées et sur           qui on mesurait les réactions l’ont confirmé : « Nous fournissons des preuves que les nourrissons à l’âge de 6 mois réagissent avec une excitation accrue,        comme indiqué par la dilatation pupillaire, aux araignées et aux serpents par rapport aux fleurs et aux poissons. Nous suggérons que les stimuli                représentant une menace ancestrale pour l’homme induisent une réponse au stress chez les jeunes nourrissons. Ces résultats témoignent de l’existence d’un mécanisme évolué qui prépare les humains à acquérir des peurs spécifiques à des menaces ancestrales. »

(2) Vous allez me dire que le cheval n’est pas un animal dangereux pour l’espèce. Il est herbivore, pacifique et profondément gentil. D’accord, mais cela nous             le savons aujourd’hui parce que notre cerveau a évolué et que nous avons commencé à étudier son comportement, mais replacez-vous avec beaucoup              moins de capacités de réflexion … Il est massif, il se cabre et peut avoir l’air pas très sympa par moment.

Laissez-moi vous citer quelques auteurs qui ont mis en évidence ces traits qui, même si on ne les voit plus, pourraient être enfouis dans notre inconscient.              Sophie Bridier dans son livre « Le Cauchemar » relève « un grand nombre de mythes et de légendes qui associent le cheval à la mort et au cauchemar », supposant que sa domestication est « une manière de vaincre les peurs face à un grand animal imprévisible, rapide et au hennissement puissant ».

Un doctorant en littérature grecque, Jacques Desautels, relève également que « la violence et la puissance dont ces animaux peuvent faire preuve avant                  d’être parfaitement domestiqués inquiète ».  Jacques Bril dans « Lilith », ou « La mère obscure » livre que « La grande victoire que représente la                          domestication du cheval, au fond, n’est pas une victoire sur l’animal ; elle est victoire sur la terreur qu’il a, du fond des âges, inspirée à l’homme. »

Puissance et imprévisibilité …

Je pense que c’est inscrit très profondément en nous. Nous n’y pensons plus, mais en essayant de comprendre son comportement et son fonctionnement, de coopérer et de le faire coopérer, car la force ne sert à rien face à tant de puissance, de l’éduquer, que cherchons-nous au fond, si ce n’est nous mettre en          sécurité.

Si nous y réfléchissons, ce qui fait peur et ce contre quoi nous cherchons à nous protéger, c’est bien de cette partie instinctive inhérente à tous les animaux,                  elle qui est à l’origine de réactions imprévisibles. Ce sont elles qui font peur, à pied ou monté, parce que nous savons que nous ne ferons pas le poids.

Aussi admettre que « le cheval », en ce qu’il représente d’imprévisible, est un déclencheur naturel n’est peut-être pas si fantasque que cela. Cela impliquera surtout qu’il nous en faudra peu pour activer la peur et qu’elle sera certainement assez tenace.

(3) Mineka a montré que les singes élevés en laboratoire n’ont pas peur des serpents. Ils apprennent à en avoir peur s’ils voient leur mère s’effrayer.

Ils n’apprennent pas comme cela pour les choses non effrayantes.

« Il y a quelque chose de propre aux stimuli d’origine biologique qui les rend susceptibles d’un apprentissage rapide et puissant par l’observation. »

(4) Et bien sûr Joseph LeDoux – Le cerveau des émotions