[Coaching] – Quand l’environnement joue sur le niveau d’estime de soi

[Coaching] – Quand l’environnement joue sur le niveau d’estime de soi

Connaissez vous l’histoire de Mr Top et Mr Bof ?

La scène se passe dans une petite salle où des étudiants, qui ont répondu à une annonce pour un travail temporaire, doivent remplir un questionnaire portant sur l’estime de soi. Alors qu’un premier étudiant est en train de remplir son questionnaire, arrive dans la pièce un autre étudiant qui vient lui aussi se présenter pour remplir le formulaire. Dans une première condition expérimentale, c’est Mr Top qui entre en scène. Il s’agit en fait d’un complice des expérimentateurs qui, pour l’occasion, se présente sous un visage particulièrement avantageux : il est séduisant, habillé en costume, se tient bien, parle très correctement, adopte un comportement assuré. Bref, il en impose.

Dans une seconde condition, c’est Mr Bof qui fait son apparition. Cette fois, le compère est mal habillé, mal rasé, ne se tient pas droit et donne l’impression d’être peu motivé par le poste. Quand ils sont mis en présence de Mr Top ou Mr Bof, les sujets qui remplissent le questionnaire changent de jugement sur eux-mêmes. En présence de Mr Top, leur estime de soi diminue. À l’inverse, Mr Bof induit une comparaison sociale descendante qui va améliorer l’estime de soi du sujet.

Que démontre cette expérience ? Certes, le niveau d’estime de soi est très variable d’un individu à l’autre. Certains vont sans cesse se dévaloriser et se trouver nuls, d’autres feront montre d’une fierté et d’une autosatisfaction qui frisent la pédanterie. Mais l’estime de soi est également fortement influencée par le contexte, notamment par les comparaisons sociales à l’œuvre dans nos confrontations à autrui. Voilà ce que met en évidence l’expérience « Mr Top, Mr Bof et moi ». (1)

Récemment, j’ai vu ceci à l’œuvre chez une petite cavalière que j’accompagne. Ce qu’elle pensait d’elle-même était totalement différent  selon que les autres cavaliers de son cours étaient « moins bons » qu’elle ou « meilleurs ».  Dans le premier cas, elle se disait « oh, ça va je vais y arriver », et elle pouvait utiliser toute sa technique sans problèmes. Dans le second cas, on était davantage sur « pfff, je suis nulle comparée à eux, je vais jamais y arriver », et elle verrouillait alors toutes ses capacités.

Moi aussi, au début, j’ai goûté à ce délicieux processus mental. Lorsque j’ai commencé la compétition en dressage, à l’occasion d’un championnat, j’ai eu le plaisir de le voir s’inviter à la fête. J’étais sur le paddock de détente et je me suis mise à observer les autres couples en laissant mon esprit vivre sa vie … erreur … Je me suis dirigée vers une amie au bord de piste et me rappelle très bien lui avoir dit (comme quoi ça marque) : « mais qu’est-ce que je fais là ??? avec mon frison ??? mais qu’est-ce qui m’a pris d’engager ça ??? je suis nulle comparée à eux« . Et comme par enchantement, avec cette phrase magique, j’ai tout verrouillé, et me suis persuadée que je ferai mieux d’être ailleurs qu’ici. Le résultat fut de toute beauté 🙂  

J’en ai alors parlé avec une grande cavalière de dressage à l’occasion d’un stage. Je lui disais combien le fait de me retrouver au paddock avec des « avions » pouvait être déstabilisant, et lui demandais comment elle, elle gérait ça. Elle me dit « ah mais il ne faut surtout pas faire cela !!! il y a un univers entre un paddock et la piste !!! On ne sait jamais ce qui peut se passer, concentre-toi sur ce que tu as à faire.« 

Comment ça on ne sait jamais ce qui peut se passer ??? Cette phrase me titillait, et je me suis mise à observer les « avions » à la détente et en piste. Et, en effet, on ne sait jamais ce qui peut se passer. Certains chevaux qui volaient au paddock, se retrouvaient totalement différents. Mais surtout certains cavaliers qui se débrouillaient très bien sur leur détente, se crispaient et bloquaient toutes leurs capacités.

En gros, je perdais mon temps, ma confiance en moi et mon énergie à regarder les autres et, le pire, à m’auto-saboter. Ce fut terminé à partir de cette prise de conscience… Depuis, je regarde toujours les autres, mais juste pour ne pas leur rentrer dedans. Si un cheval se déplace bien, je l’apprécie, si un cavalier monte bien, aussi. Mais ça s’arrête là. Je ne sais pas ce qui va se passer en piste pour lui : va-t-il faire encore mieux ? ou pas ? est-ce que disserter la dessus va me servir à quelque chose ? est-ce que cela va jouer un quelconque rôle sur ma prestation ? Non, non, et …. non.

Alors arrêtez de perdre votre temps, votre confiance et vos capacités. Votre « estime de soi » varie en fonction de l’environnement de manière inconsciente, mais vous pouvez reprendre la main à partir du moment où vous sentez que cela vous arrive. Apprenez à  « tunneliser » l’attention sur ce qui est en votre pouvoir, sous votre contrôle : vos capacités. Montez, concentrez-vous sur vous et votre cheval parce que ce sont les seules choses sur lesquelles vous pouvez agir.

Ne gâchez pas le moment que vous êtes en train de vivre.

Le temps perdu ne se rattrape jamais. 

(1) La vidéo de cette expérience (réalisée par Nicole Dubois, professeure de psychologie sociale à l’université Nancy-II, et inspirée de l’expérience de Stan Morse et Kenneth Gergen, 1970) peut être visualisée sur le site http://www.canal-u.tv/

Laisser un commentaire